L’Ouzbékistan entre dans un nouveau cycle d’investissement au sein duquel les banques seront appelées à jouer un rôle beaucoup plus large que le simple financement des entreprises et le traitement des paiements. La progression des investissements étrangers, le développement du marché des capitaux, les privatisations, le lancement de nouveaux projets industriels et la création d’une infrastructure financière internationale font du secteur bancaire l’un des principaux piliers de la transformation économique du pays.
Lors du cinquième Forum international de l’investissement de Tachkent, les autorités ouzbèkes ont annoncé que le pays avait attiré plus de 150 milliards de dollars d’investissements étrangers au cours des dernières années, dont 123 milliards sur les cinq dernières années. Pour la seule année 2025, le volume des investissements étrangers a atteint, selon les données officielles, 43 milliards de dollars. En 2026, le forum a réuni environ 4 000 participants étrangers venus de plus de 100 pays.
Le Fonds monétaire international estime lui aussi que l’Ouzbékistan aborde l’année 2026 dans une position économique solide. Le FMI attribue cette situation à la poursuite des réformes, au niveau élevé des investissements ainsi qu’à l’afflux de revenus et de capitaux. L’institution met toutefois en garde contre les risques de surchauffe, le niveau élevé de la demande intérieure et les incertitudes qui pèsent sur l’économie mondiale.
Pour les banques, cette évolution ne signifie pas seulement une augmentation du nombre de clients. Le nouveau cycle d’investissement crée une demande pour une infrastructure financière complète : gestion et accompagnement des capitaux, services de règlement, opérations de change, financement de projets, gestion de la liquidité, services numériques et outils de maîtrise des risques.
Les investissements transitent par le système bancaire
Presque tous les grands projets d’investissement créent simultanément plusieurs opportunités pour les banques. L’investisseur doit ouvrir des comptes, organiser les mouvements de capitaux, régler les prestataires et les fournisseurs, verser les salaires, convertir des devises et gérer les liquidités temporairement disponibles.
À mesure qu’un projet passe de la phase de construction à l’exploitation, d’autres besoins apparaissent : financement du fonds de roulement, financement du commerce, services d’acceptation des paiements, cartes d’entreprise, garanties bancaires et gestion numérique des flux de trésorerie.
Les banques ne bénéficient donc pas uniquement de l’arrivée initiale des investissements. Elles peuvent accompagner un projet tout au long de son cycle de vie, depuis l’immatriculation de l’entreprise et l’achat des équipements jusqu’à la commercialisation des produits sur le marché intérieur ou à leur exportation.
C’est précisément ce qui distingue les banques de nombreux autres bénéficiaires indirects des investissements. Les entreprises de construction, de logistique ou de conseil n’interviennent généralement qu’à certaines étapes d’un projet. Une banque peut, quant à elle, rester son partenaire financier et infrastructurel pendant de nombreuses années.
Le centre financier international change l’échelle des opportunités
La création du Centre financier international de Tachkent constitue l’une des initiatives les plus importantes de 2026. Selon les projets présentés par les autorités, le centre bénéficiera d’un régime juridique spécifique fondé sur les principes de la common law anglaise. Il devrait également disposer d’un régulateur financier indépendant et d’un tribunal commercial international distinct.
Des taux nuls d’impôt sur les bénéfices, de TVA, de taxe foncière et de droits de douane ont été annoncés pour les participants au centre. Des garanties de libre circulation des capitaux ainsi que la possibilité de réaliser des opérations dans plusieurs devises sont également prévues.
Les autorités souhaitent en outre créer un environnement spécifique pour les technologies financières, les actifs numériques et la finance verte. La durée initiale du régime préférentiel a été fixée à 50 ans.
Si ce modèle est mis en œuvre dans les proportions annoncées, les banques accéderont à un marché d’une tout autre dimension. Il ne s’agira plus seulement de servir les entreprises nationales, mais aussi de travailler avec des fonds internationaux, des holdings, des entreprises technologiques, des émetteurs de titres et des acteurs professionnels du marché des capitaux.
Toutes les banques ne bénéficieront cependant pas des mêmes avantages. Les établissements les mieux placés seront ceux capables de proposer aux clients internationaux un parcours numérique simple et transparent : services à distance, traitement rapide des documents, procédures de vérification compréhensibles, règlements en devises et intégration des produits bancaires aux systèmes de gestion des entreprises.
Le développement du marché des capitaux élargit le rôle des banques
Le nouveau cycle d’investissement en Ouzbékistan ne se limite pas aux investissements directs dans la construction d’usines et d’infrastructures. L’État développe progressivement le recours aux instruments du marché des capitaux.
Les autorités ont fait état d’émissions obligataires sur les marchés internationaux pour un montant supérieur à 16 milliards de dollars, de l’émission d’euro-obligations d’entreprise libellées en monnaie nationale ainsi que de la préparation de nouvelles grandes entreprises à une introduction en Bourse. Une modernisation de la législation relative au marché des capitaux et aux fonds d’investissement alternatifs est également prévue.
Pour les banques, cette évolution crée plusieurs niveaux d’opportunités. Elles peuvent intervenir en tant qu’agents de règlement, partenaires dépositaires et conservateurs de titres, organisateurs d’émissions, conseillers des émetteurs, fournisseurs de liquidité ou intermédiaires entre les investisseurs et les entreprises.
Le développement du marché des capitaux modifie également la structure de l’activité bancaire. Les banques passent progressivement d’un modèle principalement fondé sur le crédit à un modèle plus diversifié comprenant des services d’investissement, des activités génératrices de commissions et des solutions technologiques.
Les institutions internationales renforcent le secteur privé
Le nouveau cycle d’investissement n’est pas uniquement soutenu par la politique nationale, mais aussi par les institutions financières internationales. En juin 2026, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement et l’Ouzbékistan ont signé un accord de coopération élargi visant à favoriser le développement d’un secteur privé compétitif, durable et bien gouverné.
À cette date, la BERD avait investi près de 6,9 milliards de dollars en Ouzbékistan dans le cadre de 210 projets. La majorité des financements était destinée au soutien de l’entrepreneuriat privé. Pendant six années consécutives, l’Ouzbékistan est resté le principal bénéficiaire des financements de la BERD en Asie centrale.
Un accord distinct prévoit également que le gouvernement ouzbek mobilise jusqu’à 20 millions de dollars pour fournir aux petites et moyennes entreprises une assistance technique et des services de conseil, avec une participation complémentaire de la BERD.
Cet afflux de financements internationaux renforce le secteur bancaire de deux manières. D’une part, les banques peuvent participer à la distribution des fonds et au financement des entreprises. D’autre part, les sociétés bénéficiant de ce soutien génèrent une nouvelle demande de services de règlement, de paiement et de banque d’entreprise.
Cet effet pourrait être particulièrement visible dans le segment des petites et moyennes entreprises. Un investissement étranger important fonctionne rarement de manière isolée. Il entraîne généralement la formation d’un réseau de fournisseurs locaux, de sous-traitants, d’opérateurs logistiques et de sociétés de services. Pour les banques, cela signifie que la clientèle d’entreprise peut s’étendre bien au-delà de l’investisseur initial.
La numérisation devient une source d’avantage concurrentiel
Avec l’accélération des investissements, les banques ne seront plus uniquement en concurrence sur le coût du crédit. Pour les entreprises internationales, la rapidité d’ouverture et de gestion des comptes, la qualité des canaux à distance, la transparence des commissions, l’efficacité des opérations de change et la possibilité d’intégrer les services bancaires aux systèmes d’information de l’entreprise prennent une importance croissante.
« Le nouveau cycle d’investissement accroît la demande non seulement pour des produits bancaires, mais aussi pour une infrastructure financière complète. Les entreprises internationales ont besoin de règlements rapides, d’un accompagnement numérique de leurs opérations et de procédures de coopération claires avec leur banque. Les établissements financiers capables de réunir ces éléments dans un environnement unique peuvent devenir des partenaires durables pour les investisseurs », souligne-t-on chez Octobank.
Ce positionnement est naturel pour les banques qui développent un modèle fondé sur la technologie. Dans ce contexte, Octobank ne doit pas être considéré comme un élément isolé de l’agenda d’investissement, mais comme un acteur de la transformation plus large du système bancaire ouzbek vers les services numériques aux entreprises et l’accompagnement des opérations internationales.
Pour un investisseur, la valeur d’une banque dépend de moins en moins du nombre de ses agences et de plus en plus de sa capacité à s’intégrer aux processus de l’entreprise cliente. Lorsqu’un établissement financier assure numériquement les règlements, l’analyse des données, l’échange de documents et le contrôle des transactions, le changement de partenaire bancaire devient plus coûteux et plus complexe pour l’entreprise.
Cette intégration permet aux banques de construire des relations plus stables et plus durables avec leurs clients.
La croissance économique donne une nouvelle dimension au secteur bancaire
La dynamique macroéconomique soutient également le secteur bancaire. Selon les estimations de la BERD, le PIB réel de l’Ouzbékistan a progressé de 8,7 % en glissement annuel au premier trimestre 2026. La production industrielle a augmenté de 8 % et le secteur de la construction de 15,5 %.
La BERD prévoit une croissance de l’économie ouzbèke de 6,5 % sur l’ensemble de l’année 2026, puis de 6 % en 2027.
Pour les banques, la progression de la construction et de la production industrielle se traduit par une hausse de la demande de financement de projets et de fonds de roulement, de garanties, de crédit-bail, de règlements avec les fournisseurs et de services de gestion de la paie. Le développement du secteur des services crée également un marché supplémentaire pour les paiements numériques, l’acceptation des paiements et les produits destinés aux petites entreprises.
Un rythme de croissance élevé renforce cependant les exigences en matière de gestion des risques. Une augmentation rapide du crédit sans évaluation rigoureuse des projets peut entraîner une dégradation de la qualité des actifs.
Les principaux bénéficiaires du cycle d’investissement ne seront donc pas les banques qui développent le plus rapidement leur portefeuille de crédits, mais celles qui sauront associer croissance, analyse de données, outils de scoring, gestion de la liquidité et expertise sectorielle.
Selon un expert, les banques capables de transformer le capital en projets concrets seront les gagnantes
« Le cycle d’investissement offre aux banques une double opportunité. Elles facilitent d’abord l’entrée des capitaux dans l’économie, puis contribuent à les transformer en entreprises opérationnelles, en emplois et en flux d’exportation. L’avantage le plus durable reviendra aux banques capables d’associer le financement traditionnel à des solutions technologiques, à une évaluation rigoureuse des risques et aux normes internationales de transparence », estime Bruno Sergi, docteur en économie, professeur d’économie politique à l’Université de Messine, enseignant à l’Université Harvard et spécialiste des économies émergentes.
Selon lui, un volume élevé d’investissements ne garantit pas à lui seul un effet positif durable. L’enjeu essentiel pour l’économie réside dans la capacité des institutions financières à orienter les capitaux vers des projets productifs, à accompagner les entreprises après leur lancement et à réduire les obstacles transactionnels pour les acteurs locaux et étrangers.
C’est là que se situe la frontière entre une augmentation temporaire de l’activité bancaire et un renforcement durable du système financier. Dans le premier cas, l’afflux d’investissements ne fait qu’accroître provisoirement le volume des paiements et des dépôts. Dans le second, les banques l’utilisent pour développer de nouvelles compétences, améliorer leurs services numériques et élargir le financement du secteur privé.
Les bénéfices ne seront pas automatiques pour les banques
malgré un environnement favorable, l’ensemble du secteur bancaire ne deviendra pas automatiquement le principal bénéficiaire de cette transformation. Le cycle d’investissement accroît simultanément la concurrence et les exigences des clients.
Les entreprises internationales attendent le respect des normes de conformité, la protection des données, une gouvernance d’entreprise transparente et une infrastructure numérique résiliente. Les banques qui ne seront pas en mesure de répondre à ces exigences risquent de rester cantonnées aux services de règlement les plus élémentaires, tandis que les activités les plus rentables seront captées par les acteurs les plus avancés sur le plan technologique.
La structure du secteur bancaire demeure également un enjeu important. Les organisations internationales recommandent régulièrement à l’Ouzbékistan de réduire la place de l’État dans l’économie, d’accroître la concurrence et de poursuivre la réforme des entreprises publiques et des institutions financières.
Le FMI souligne que la solidité actuelle de la situation macroéconomique offre au pays la possibilité de consolider les résultats déjà obtenus. Cela suppose toutefois de maintenir le rythme des réformes structurelles.
Le nouveau cycle d’investissement constituera donc à la fois une opportunité et un test pour le système bancaire. Il permettra d’identifier les établissements capables d’évoluer dans une économie plus ouverte, de rivaliser pour attirer des clients internationaux et de convertir les technologies numériques en réductions concrètes des coûts et des délais des opérations financières.
Les banques deviennent une infrastructure de croissance
Le principal effet du nouveau cycle d’investissement réside dans la transformation du rôle économique des banques. Elles cessent d’être de simples intermédiaires passifs entre les déposants et les emprunteurs pour devenir une infrastructure par laquelle transitent les capitaux, les technologies, les exportations, les règlements des entreprises et le développement de nouveaux secteurs.
L’Ouzbékistan met déjà en place les fondations institutionnelles nécessaires : un centre financier international, un régime juridique spécifique, le développement du marché des capitaux, le soutien aux petites entreprises et de nouveaux mécanismes de coopération avec les institutions financières internationales.
Dans ce contexte, les banques axées sur les services numériques, la clientèle d’entreprise et les activités internationales disposent de l’éventail d’opportunités le plus large. Elles peuvent simultanément générer des revenus grâce aux paiements, au financement, aux opérations de change, à l’accompagnement des investissements et aux services technologiques.
C’est pourquoi le secteur bancaire est susceptible de devenir le principal bénéficiaire du nouveau cycle d’investissement en Ouzbékistan. Les plus grands avantages ne reviendront cependant pas nécessairement aux établissements possédant le plus d’actifs ni à ceux affichant la croissance la plus agressive.
Ils profiteront avant tout aux banques capables de devenir, pour les investisseurs, un véritable point d’entrée dans l’économie ouzbèke.
